Sureau noir (Sambucus nigra)
Plantes & Santé — Fiche plante
Description botanique
Le sureau noir, scientifiquement nommé Sambucus nigra, est un arbrisseau ou arbuste caducifolié fruitier à croissance rapide de la famille des Adoxacées (anciennement Caprifoliacées), pouvant atteindre 4 à 5 mètres de hauteur, parfois 8 mètres. Il est présent en Europe, en Asie de l'Ouest et en Afrique du Nord, des plaines jusqu'à 1 600 m d'altitude. On le rencontre dans les bois clairs, les haies, les terrains vagues et les dunes littorales. Nitrophile, il est fréquent aux abords des habitations.
Son bois, assez lourd et dense (0,59-0,69), est très homogène, protégé par une écorce vert-gris fissurée. Les jeunes rameaux possèdent une moelle blanche très légère, autrefois utilisée pour la microscopie et la confection de flûtes. Les feuilles caduques, opposées et imparipennées, sont composées de 5 à 7 folioles à l'extrémité pointue et au bord denté. Elles ont une odeur déplaisante lorsqu'on les froisse.
Les fleurs hermaphrodites, parfumées, à 5 étamines et 5 pétales blanc crème, apparaissent après les feuilles en début d'été (mai-juin). Elles sont disposées en corymbes plans larges de 100 à 240 mm de diamètre. Les fruits sont de petites baies noires violacées à chair molle de 6-8 mm, disposées en grappes pendantes, comportant trois graines. Le sureau est pollinisé par les insectes et ses baies nourrissent plus de 60 espèces d'oiseaux.
Le nom Sambucus provient probablement du grec sambúkē (« sambuque, sorte de harpe triangulaire »), les tiges creuses du sureau permettant de fabriquer des instruments de musique. Le Pseudo-Dioscoride donne le nom gaulois du sureau : scobiem.
Histoire et tradition
Le sureau noir fait partie de la pharmacopée traditionnelle depuis au moins 5 000 ans avant J.-C. Au Ier siècle, Pline l'Ancien le recommandait contre les catarrhes et les excès de mucus, tout comme Galien au IIe siècle. Les Autochtones d'Amérique du Nord attribuaient les mêmes propriétés au sureau blanc (Sambucus canadensis), dont la composition est semblable à son cousin européen.
Dans les traditions populaires européennes, le sureau était considéré comme l'« arbre des fées » ou l'« arbre de la protection ». En Scandinavie, on pensait que la déesse Hylde Moer vivait dans le sureau. Couper un sureau sans lui demander permission portait malheur. Cette aura mythologique explique la présence de l'arbre dans de nombreux contes et légendes, jusqu'à Harry Potter où la fameuse « baguette de sureau » (Elder Wand) est l'une des trois Reliques de la Mort.
Le sureau est aussi l'« arbre de la Saint-Jean » : ses sommités fleuries, récoltées vers le solstice d'été, entraient dans la composition des couronnes protectrices. Dans le calendrier républicain français, le Sureau était le nom attribu au 19e jour du mois de Pluviôse.
Bienfaits pour la santé
1. Antiviral et anti-grippe
Le sureau noir est l'un des plus puissants antiviraux du règne végétal. Un essai clinique à double insu avec placebo, mené dans un kibboutz israélien lors d'une épidémie de grippe (Zakay-Rones, 1995), a conclu qu'un extrait de baies de sureau était nettement supérieur au placebo : en deux jours, 93,3 % des sujets traités au sureau voyaient un soulagement significatif, contre six jours pour 91,7 % des personnes sous placebo. La Commission E allemande (1986) a approuvé l'usage des fleurs de sureau pour le traitement du rhume, et l'OMS (1999) a reconnu les fleurs comme diaphorétique et expectorante. Les extraits de sureau ont montré une efficacité contre le virus de la grippe A et B, le VIH, le virus de la dengue, l'herpès HSV-1, le coronavirus NL63 et la bronchite infectieuse.
2. Immunostimulant et modulateur de cytokines
Le sureau noir soutient le système immunitaire en modulant la production de cytokines pro-inflammatoires comme l'IL-6 et la TNF-α (Barak et al., 2001 ; Sidor, 2015). Ses anthocyanes (cyanidine-3-O-glucoside, cyanidine-3-O-sambubioside) stimulent la production de cytokines par les macrophages, activant ainsi la réponse immunitaire innée. Aux États-Unis, les préparations de baies lyophilisées (Sambucol, Zarbees) sont largement utilisées comme soutien immunitaire hivernal.
3. Antioxydant exceptionnel
Les baies de sureau noir sont parmi les fruits les plus riches en anthocyanes — des pigments aux propriétés antioxydantes exceptionnelles. Elles contiennent également des flavonoïdes (rutine, kaempférol-3-rutinoside, isorhamnétine-3-rutinoside) et des acides phénoliques (acide 5-caféoylquinique, acide 1,5-di-caféoylquinique). Cette richesse antioxydante protège contre le stress oxydatif, les radicaux libres et le vieillissement cellulaire. Les fleurs séchées infusées 30 minutes libèrent une activité antioxydante maximale (82,7 mmol TE/100 ml).
4. Diaphorétique et expectorant
Les fleurs de sureau en tisane sont traditionnellement utilisées comme diaphorétique (qui provoque la sudation) contre les refroidissements et la grippe. Elles favorisent l'élimination des toxines par la transpiration et fluidifient les sécrétions respiratoires. Cette action expectorante, reconnue par l'OMS, en fait un remède de choix pour les affections respiratoires hivernales.
5. Régulation métabolique
Selon Knudsen et Kaack (2015), des extraits de Sambucus nigra peuvent réguler le métabolisme des graisses, du cholestérol et du glucose, et l'insuline chez les diabétiques ou personnes obèses, en diminuant les taux de cholestérol et de lipides, ce qui peut entraîner une perte de poids. Les baies ont un faible index glycémique et sont riches en fibres.
Modes d'utilisation
- Tisane de fleurs : 3 à 5 g de fleurs séchées dans 250 ml d'eau bouillante, infusées 10 à 15 minutes — 3 tasses par jour au début d'un rhume ou d'un état grippal (diaphorétique et expectorant)
- Sirop de baies : baies mûres cuites et filtrées, mélangées à du sucre — 1 cuillère à soupe par jour en prévention, 3 en curatif (forme la plus populaire, proche du Sambucol commercial)
- Limonade de fleurs : 8 à 10 grandes ombelles de fleurs fraîches infusées 24 à 48 h avec citron et sucre — boisson estivale rafraîchissante et antioxydante
- Beignets de fleurs : ombelles entières trempées dans une pâte à beignet et frites — dessert traditionnel de début d'été
- Confiture ou gelée de baies : baies mûres cuites avec sucre et citron — riche en antioxydants, à consommer cuites impérativement
- Teinture mère : 20 à 30 gouttes, 3 fois par jour, en cure préventive hivernale
- Inhalation : fleurs en inhalation contre le rhume et les refroidissements
Agents actifs principaux
- Anthocyanes : cyanidine-3-O-glucoside, cyanidine-3-O-sambubioside — antioxydants et antiviraux (baies)
- Flavonoïdes : rutine, kaempférol-3-rutinoside, isorhamnétine-3-rutinoside — 90 % des flavonoïdes de la fleur
- Acides phénoliques : acide 5-caféoylquinique (70 %), acide 1,5-di-caféoylquinique — antioxydants puissants
- Vitamines : A, B et surtout C (baies)
- Tanins et polyphénols — astringents et antioxydants
- Composés terpénoïdes
- Mucilages — émollients respiratoires (fleurs)
- Huile essentielle : faible teneur, très aromatique (fleurs)
Les baies crues contiennent un alcaloïde toxique et de la sambunigrine (glycoside cyanogénétique) — toujours cuire les baies avant consommation. Les fleurs cuites ou infusées sont sûres.
Culture et variétés
Le sureau noir est une essence de lumière ou de demi-ombre, rustique, appréciant les sols basiques à neutres, fertiles et frais. Il rejette de souche et se multiplie facilement par semis (avec stratification des graines) ou par bouturage (à l'automne, tige de 20 cm). Sa croissance est rapide, surtout dans les sols fertiles. Il est caractéristique du stade arbustif préforestier Sambuco-salision.
Plusieurs cultivars ornementaux et fruitiers sont disponibles : 'Haschberg' (variété autrichienne à gros fruits, très productive), 'Laciniata' (feuilles découpées, intérêt ornemental), 'Madonna' (feuillage panaché de jaune), 'Purpurea' (feuillage pourpre), 'Black Beauty' (feuillage bronze-pourpre, fleurs roses), 'Black Lace' (feuilles très finement découpées, pourpres).
Le sureau noir est très répandu en Europe dans les plaines, collines et montagnes. Il est classé LC (préoccupation mineure) sur la liste rouge UICN. On le rencontre en Irlande, en Suisse, en France (très commun), et jusqu'en Asie de l'Ouest et en Afrique du Nord.
Précautions et contre-indications
- Baies crues : toxiques — contiennent un alcaloïde et de la sambunigrine (glycoside cyanogénétique) — toujours cuire les baies avant consommation ; les baies crues en grande quantité provoquent nausées, vomissements et diarrhée
- Tiges, feuilles, racines, écorce : toxiques — contiennent de l'oxalate de calcium et de la sambunigrine
- Risque de confusion : ne pas confondre avec le sureau hièble (Sambucus ebulus), herbacée vivace dont les baies sont très toxiques (fruits vers le haut, étamines roses, odeur écœurante)
- Grossesse et allaitement : une étude de pharmacovigilance (2002) sur 762 femmes enceintes n'a montré aucun effet tératogène ni embryotoxique, mais par prudence limiter aux fleurs en tisane et éviter les baies crues
- Fruits non mûrs : contiennent l'alcaloïde toxique en plus grande quantité — attendre la pleine maturité (baies noires, juteuses)
- Allergie : possible chez les personnes allergiques aux plantes de la famille des Adoxacées/Caprifoliacées
Ces informations sont fournies à titre éducatif et ne remplacent pas un avis médical. Consultez toujours un professionnel de santé avant d'utiliser des plantes à des fins thérapeutiques.
Références
- Zakay-Rones, Z. et al. (1995). "Inhibition of several strains of influenza virus in vitro and reduction of symptoms by an elderberry extract." Journal of Alternative and Complementary Medicine.
- Barak, V. et al. (2001). "The effect of Sambucol, a black elderberry-based, natural product, on the production of human cytokines." European Cytokine Network, 12(2), 290-296.
- Sidor, W. et al. (2015). "Sambucus nigra: bioactive compounds and health functions." Journal of Functional Foods.
- Vlachojannis, J. et al. (2010). "A systematic review on the effectiveness of treatment and prevention of upper respiratory tract infections with elderberry." BMC Complementary Medicine and Therapies.
- Schmitzer, V. et al. (2012). "Composition and antioxidant activity of elderberry flowers." Journal of Agricultural and Food Chemistry.
- Knudsen, S.M.G. & Kaack, K. (2015). "Effect of elderberry on metabolic risk factors." Journal of Nutrition.
- Commission E (1986). Sambuci flos (fleurs de sureau) monographie.
- OMS (1999). WHO Monographs on Selected Medicinal Plants, Vol. 1.
- Milkova-Tomova, T. (2023). "Antioxidant activity of infusions from Sambucus nigra L. flowers and leaves." Rhodopes Bulletin.
- Inspiration : Wikipédia — Sambucus nigra
- Image : Wikimedia Commons — Sambucus_nigra-Busch.jpg
